Je suis sortie avec un homme qui perdait ses cheveux. Au début j'avais pas remarqué, car c'était savamment planqué sous une coiffure farfelue. Ca me dérangeait pas, mais on n'en parlait pas. Pendant plus d'un an, nous n'en avons pas parlé. Figurez vous que ça me rendait folle cette interdiction tacite. J'ai commencé à y penser tout le temps. A tel point que je suis devenue obsédée et que j'ai fini par croire que moi aussi je perdais mes tifs alors j'arrêtais pas de me toucher le sommet du crâne.
J'avais une trouille bleue qu'un extérieur ne le lui fasse remarquer et que ça rompe le silence et qu'après il faille qu'on en parle. Ou qu'on fasse semblant que rien ne s'était passé et que du coup il saurait que je sais et que je ne lui en parle pas. Ou pire, qu'en fait il ne sache pas comme c'était derrière sa tête et qu'après je doive justifier le fait que je savais et que je ne lui avais rien dit. Enfin après un an il était trop tard pour mettre le truc sur le tapis.
C'était sa mère qui le coiffait chaque mois (quand elle était jeune elle avait été coiffeuse dans je ne sais plus quelle ville côtière du Pas de Calais). Et ben vous savez quoi? Je crois que l'interdiction tacite elle existait aussi avec sa mère. Je l'ai vue lui couper les cheveux plusieurs fois, c'était elle qui était à l'origine de la coupe farfelue, ils n'ont jamais dit un mot à propos de l'affaire.